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Bouffon au luth

Poète prends ton luth et me donne un baiser!
La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
Le printemps naît ce soir, les vents vont s’embraser;
Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
Aux premiers buissons verts commence à se poser.
Poète prends ton luth, et me donne un baiser!

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l’oppresse,
Et les vents altérés m’ont mis la lèvre en feu.

Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t’en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?

Ah ! je t’ai consolé d’une amère souffrance !
Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d’amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d’espérance ;
J’ai besoin de prier pour vivre jusqu’au jour.

Alfred de MUSSET (1810-1857)

 

Frans Hals (1580-1666) Bouffon au luth, v.1623-1624, huile sur toile, 70 x 62 cm (musée du Louvre, Paris).

 

 


 

Pièce pour luth d’un maître hollandais (XVIème siècle)

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