Le Printemps en Automne

La saison des Concerts de l’U3A ne pouvait pas mieux commencer qu’avec le Trio Vernal déployant ses sortilèges sonores pour nous faire vivre la musique du dernier Schubert avec intensité et émotion.

La Salle 11 était bien remplie ce mercredi 7 octobre dernier pour accueillir en fanfare la nouvelle saison des Concerts de l’U3A et commencer à célébrer les 20 ans de nos manifestations musicales. Il faut dire que deux arguments de poids étaient au rendez-vous.

D’abord, le programme, était entièrement consacré à Franz Schubert (1797-1828), à deux oeuvres tardives (pour autant que tardif soit un adjectif adapté à un compositeur disparu prématurément à 31 ans), le Notturno et le gigantesque premier Trio pour piano.

NOTTURNO POUR TRIO À CLAVIER EN MI BÉMOL MAJEUR D. 897

TRIO À CLAVIER N°1 EN SI BÉMOL MAJEUR D. 898 (OP. 99)

1. ALLEGRO MODERATO
2. ANDANTE UN POCO MOSSO
3. SCHERZO – ALLEGRO
4. RONDO ALLEGRO VIVACE

Le deuxième atout de la soirée était le Trio Vernal. Et puisque le mot « vernal » désigne le printemps, c’étaient des musiciens au printemps de leur vie qui se présentaient sur notre petite scène.

Kelly Ge (violon), Georges Moissonnier (violoncelle) et Zacharie TAVIER (piano) nous avaient déjà éblouis la saison dernière quand ils s’étaient attaqués au monumental Trio élégiaque de Serge Rachmaninov. Il me tardait donc de les écouter dans un autre répertoire.

Travaillant le trio de Schubert, dans le cadre de leurs cours de musique de chambre au Conservatoire royal de Liège, il me semblait qu’un tel travail ne devait pas s’arrêter après la première prestation, brillante déjà. Je leur ai donc fait confiance pour le concert inaugural de la saison, pour celui de Musique aux Tawes et, plus tard, ce sera en décembre prochain, à la Ferme du Biéreau à Louvain-la-Neuve dans le cadre des Midzik. Le moins que je puisse dire, c’est que je ne le regrette pas!

Les deux oeuvres au programme, composées probablement pendant l’été et le début de l’automne 1827, sont probablement à jamais liées puisqu’il semble que le Notturno, dont le titre est apocryphe, était pressenti par le compositeur comme mouvement lent du premier Trio. Le sort en décida autrement et Schubert écrivit un Andante un poco mosso sublime pour le trio, le Notturno restant dès lors orphelin, joué fréquemment comme une pièce isolée… parfois même comme un bis.

Pourtant cette pièce libre d’à peine une petite dizaine de minutes est un condensé du temps schubertien, de toute la mélancolie et, en même temps, une forme de sérénité que ce jeune homme si proche déjà de sa fin parvient à nous communiquer.

C’est vrai que dans le Notturno, comme dans le grand Trio, l’esprit dramatique souffle à de nombreuses reprises. Mais ces élans tragiques, puis ces contemplation abyssales et bouleversantes sont compensées par un instinct de vie formidable.  Robert Schumann (1810-1856) avait bien senti l’énergie nouvelle qui tendait le premier trio: « Il n’est que de jeter un coup d’œil sur le trio opus 99 de Schubert, et toute la misère de l’existence s’évanouit comme par enchantement, le monde apparaît de nouveau paré de toute sa radieuse fraîcheur. ». Une énergie qui se déploie, certes, mais également de manière obsessionnelle, particulièrement dans le final qui, sous des atours enthousiastes, témoigne également d’une terrifiante peur du vide.

Ce climat si subtil, ambigu et déroutant fait de Franz Schubert un homme comme nous tous avec ses espoirs, ses énergies vitales mais aussi ses failles et ses doutes. Schubert, au cœur de romantisme allemand naissant, cultive l’espoir vain du passé révolu, de ce qui n’aurait pu être mais que le destin lui a refusé, cette forme de « Sehnsucht » où triomphe l’adverbe « jadis » augmenté de la marche obligée du « Wanderer » et de la solitude de l’homme face à son destin.

Le Trio Vernal en son printemps doré a trouvé le ton juste pour exprimer l’automne trop précoce de Schubert mais aussi, plus largement, celui, non moins tragique, des feuilles d’automne qui au moment de quitter leur branche se souviennent du joyeux printemps qu’on aurait souhaité éternel.

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