Ce dimanche, l’OPRL nous propose un événement très rare. Un seul pianiste jouera l’intégralité des trois Années de Pèlerinage de Franz Liszt. Trois concerts en un jour… la prouesse est impressionnante et le défi immense. Jouer une telle somme d’un coup, maîtriser toutes ces vingt-six pièces en même temps, leur donner toute leur ampleur poétique, pianistique et philosophique, voilà ce que seul une force de la nature peut réaliser.
Le pianiste français Bertrand Chamayou.
Ce n’est pas la première fois qu’on entend Bertrand Chamayou à Liège. Il avait donné la saison dernière un extraordinaire récital centré autour de César Franck dans lequel des extraits de ces Années de Pèlerinage s’étaient déjà glissées. Ce n’était d’ailleurs pas un contresens puisqu’on sait l’admiration de Franck pour son ainé et l’influence pianistique et compositionnelle qu’il lui a apportée. Toujours est-il qu’on avait entendu là un jeune pianiste vraiment exceptionnel, en pleine possession de ses moyens, qui déployait une force technique rare (vraiment, le mot n’est pas trop fort) et un sens poétique hors du commun. Sa conception de César Franck témoigne d’une grande lucidité:
« Il peut paraître singulier qu’un pianiste de ma génération choisisse de consacrer un disque à la musique de César Franck, mais il ne faut pas y voir une volonté de surprendre ou d’attiser la curiosité. Ce projet a avant tout été stimulé par un désir de renouer avec une certaine tradition, française pour le moins, mais qui a aussi très largement dépassé le cadre de nos frontières si l’on en croit le répertoire de nombreux grands pianistes du passé.
J’ai pour ma part découvert César Franck à l’âge de 13 ans, en travaillant Prélude, choral et fugue, puis, immédiatement après, la sonate et le quintette, œuvres qui ont compté parmi mes premiers chevaux de bataille en tant que chambriste. Cette musique m’est de ce fait devenue familière, et j’ai constaté au fil de mes concerts qu’elle était non seulement très parlante auprès des plus jeunes générations qui la découvraient, mais surtout qu’elle avait le pouvoir de réveiller chez les mélomanes d’âge plus avancé les réminiscences heureuses et intenses d’une enfance doucement baignée de l’univers de Franck et de ses disciples. »
(Bertrand Chamayou, extrait du livret du cd consacré à Franck)
Bertrand Chamayou, né en 1981, commence à étudier le piano à huit ans. Peu de temps après, il entre au conservatoire de Toulouse, sa ville natale, d’où il sortira à l’âge de quinze ans pour rejoindre la classe de Jean-François Heisser au Conservatoire de Paris. Il donne alors ses premiers concerts, suit les conseils d’artistes tels que Murray Perahia, Leon Fleisher, Dimitri Bachkirov ou encore Aldo Ciccolini ; il remporte un deuxième prix au Concours international Krainev en Ukraine, un premier prix de piano au Conservatoire, et intègre le cycle de perfectionnement de cet établissement tout en se perfectionnant auprès de Maria Curcio à Londres.
En 2001, à la faveur de son quatrième prix au Concours international Marguerite-Long-Jacques-Thibaud, Bertrand Chamayou se met à donner de plus en plus fréquemment des concerts, soit en soliste, soit encore avec des chanteurs ou avec orchestre. Il s’est depuis produit de nombreuses fois en récital dans diverses salles prestigieuses (Pleyel, Théâtre Mogador, Gaveau, Théâtre du Capitole, Halle aux Grains de Toulouse, Gasteig de Munich, Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, …) ainsi que dans la plupart des grands festivals français.
Ses concerts le mènent aussi dans de nombreux pays (Allemagne, Belgique, Hongrie, Russie, Espagne, Portugal, Japon, Canada, etc.) où il se produit en récital ou en concerto avec orchestre avec un succès toujours éclatant.
En 2006, il est lauréat des Victoires de la musique classique dans la catégorie « révélation soliste instrumental de l’année ». La même année, il enregistre les Douze études d’exécution transcendante de Franz Liszt (chez Sony). En 2008, il sort un nouveau disque avec les fameuses Romances sans paroles de Mendelssohn. Suit alors un cd consacré à César Franck En 2011, il obtient le titre de « soliste instrumental de l’année » aux Victoires de la musique classique.
Et voilà que dans le cadre des hommages que l’on rend à Franz Liszt à travers le monde, notre pianiste vient justement de faire paraître chez Naïve l’intégrale des Années de Pèlerinage. Ayant eu la chance de l’entendre en primeur, car ce coffret de trois cd’s est déjà sorti en France depuis quelques jours, je l’ai immédiatement adopté pour mes deux conférences de la semaine dernière tant la prestation est exceptionnelle. Elle rejoint, et dépasse même souvent, les grandes versions de référence. Animée d’une vie extraordinaire, Chamayou parvient véritablement à exprimer tous les aspects de Liszt. Sa virtuosité nous laisserait même parfois croire que cette musique est facile et coule de source, son talent poétique donne à chacune des pièces sa juste poésie.
Il vous suffira d’écouter le petit reportage qui suit pour vous convaincre que ce dimanche il faudra absolument vous rendre à la Salle philharmonique pour vivre en direct cet énorme moment de musique.


