Impossible de trouver un qualificatif idéal pour traduire l’émotion, l’admiration et la joie du nombreux public venu hier soir pour accompagner le jeune pianiste liégeois Benjamin Thill dans la première étape de cet immense défi, interpréter l’intégralité du Clavier bien tempéré de J.S. Bach.
Photographie d’Armand Mafit
Au programme, les dix premiers préludes et fugues du premier livre… un extraordinaire florilège des diverses émotions et techniques utilisées par le grand Bach pour cette oeuvre de synthèse, …testamentaire sans doute aussi! Le risque était que l’enchaînement de ces diptyques paraisse un peu rude et austère pour les auditeurs. Je savais depuis longtemps qu’il n’en était rien sous les doigts des grands pianistes dont l’immense technique leur permettait de dépasser l’apparence sévère pour atteindre à la musique pure. Car il y a là matière à exploiter tous les recoins de l’expression musicale.
Photographie d’Armand Mafit
Les moments de suprême concentration… quasi religieuse (le grande triple fugue en ut dièse mineur et son sublime prélude), les débordements du ré majeur, la simplicité apparente du premier prélude,… tout, dans le « Clavier », exprime l’essence de l’Homme. C’est ce qui en fait aussi sa difficulté.
Benjamin Thill est jeune et habité par son sujet. Il porte la musique de Bach avec une telle vérité qu’elle semble avoir été écrite pour lui! Mais l’occasion de réaliser une telle aventure est rare et c’est la première fois qu’il aborde en concert une telle ascension. C’est aussi ce que je voulais lui offrir! La prouesse est de taille! Enchaîner ainsi dix préludes et fugues, maintenir sa concentration au plus haut niveau pendant 75 minutes, non-stop, c’était déjà un défi en soi! Mais le plus beau, c’est qu’il parvient, la plupart du temps, à offrir une vision très mature, formidablement architecturée, en un mot… profonde! Le public, sortant de cet immense voyage initiatique, a su reconnaître l’exceptionnel moment de musique en acclamant celui qui avait été le guide de la soirée.
Photographie d’Armand Mafit
On ne peut que se réjouir de la prochaine étape… en mars 2015! Comme le disait un mélomane à l’issue du concert: « Comme 2015 va nous sembler loin! »