Les Mystères de la danse…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Concerts de l’U3A ont débuté leur saison 2024-25 sur les chapeaux de roues avec l’extraordinaire récital de piano à quatre mains que nous ont offert Émilie Chenoy et Nadia Jradia. Une salle bien remplie, un programme très alléchant et deux musiciennes aussi virtuoses que sympathiques… ! Voilà, assurément, une formule qui a assuré la plus grande joie des mélomanes durant cette heure de grande musique en faisant la part belle aux danses composées par les compositeurs romantiques. Quant à moi, je jouais, avec la plus grande joie, le rôle de Monsieur Loyal afin de présenter brièvement les pièces interprétées.

Toutes les photos sont de Jean Cadet.

Émilie et Nadia s’étaient déjà produites sur notre scène en duo. C’était il y a cinq ans, à quelques jours près. Leur programme, déjà centré autour des danses avait ravi notre salle 11. Très enthousiaste, j’avais écrit ici même un texte qui reflétait à la fois mon plaisir et ma conviction que ce qui s’était passé ce soir-là était plus que de la musique. J’ai retrouvé cette même émotion qu’en octobre 2019… avec, en plus, une maturité musicale accrue et ce que je crois percevoir et interpréter comme un bonheur décuplé de faire de la musique ensemble ainsi que de la partager avec le public. Cette joie est communicative et je ne résiste pas à reproduire ici une large part de mes commentaires du 6 octobre 2019 car le bonheur de les écouter fut égal sinon amplifié.

C’est aussi l’occasion de vous proposer ces quelques photos, reportage de notre merveilleux photographe, Jean Cadet, qui immortalise chaque concert avec un grand talent !

« Trop de superlatifs seraient superflus pour décrire le véritable bonheur d’écouter Nadia Jradia et Émilie Chenoy qui, durant cette heure de musique, ont réussi à incarner tantôt avec sauvagerie, tantôt avec une grande subtilité, tantôt encore avec une juste sensualité, les divers mouvements de l’âme et du corps que suscitent les danses. […]

Nos deux musiciennes sont des artistes chevronnées et savent y faire pour nous entraîner dans leur voyage musical avec une profonde intensité. Souvent, les inflexions si mélancoliques de Brahms nous rapprochent plus d’une musique pure que de la danse et les mélodies séduisantes de Grieg soulèvent quelques fois de troublantes émotions. Elles semblent véhiculer ce que les allemands nomment Sehnsucht, cette étrange nostalgie d’un passé révolu et cependant tellement cher.

Le grand organologue et ethnomusicologue, Curt Sachs (1881-1959), affirmait que « la danse est le premier-né des arts. La musique et la poésie s’écoulent dans le temps ; les arts plastiques et l’architecture modèlent l’espace. Mais la danse vit à la fois dans l’espace et dans le temps. Avant de confier ses émotions à la pierre, au verbe, au son, l’homme se sert de son propre corps pour organiser l’espace et pour rythmer le temps ».

Les danses, vous l’avez compris, contiennent la palette totale des émotions humaines où celles d’autrefois, en tant que souvenir ému de notre vie, côtoient celles à l’instinct le plus archétypal et dynamique de la vie. Ce n’est pas pour rien que Richard Wagner, évoquant la Septième Symphonie de L. Van Beethoven, parlait d’Apothéose de la Danse englobant, en son sein, la déclinaison totale des mouvements humains… entre vie et mort, à l’image aussi de la célèbre Valse triste pour orchestre de Jean Sibelius qui, à son tour, semble en canaliser l’essence.

Il n’est, en outre, pas inutile de rappeler que le rythme est le moteur de la musique, son verbe comme l’affirmait le grand chef et compositeur Leonard Bernstein… et, comme pour confirmer cette idée, de se souvenir que la pulsation, elle-même engendrant le rythme, sont inhérents à la nature même dans l’alternance des jours et des nuits comme des saisons puis, chez les êtres vivants dans ses battements de cœur et sa respiration sans lesquels aucune vie n’est possible.

Tout cela pour tenter de vous raconter que ce qu’ont fait sur notre petite scène, Émilie Chenoy et Nadia Jradia est de l’ordre du prodigieux… et mieux encore, de la Vie ! Elles ont ravivé chez leurs auditeurs la flamme qui régénère, qui donne envie de bouger, d’exister. C’était, en substance, les commentaires d’après concert des nombreux mélomanes présents qui se sentaient comme remplis d’une nouvelle énergie. C’est là aussi l’un des grands pouvoirs et miracles de la musique ! »

Le programme de cette année se terminait par des extraits de la Suite de Six Morceaux Op. 11, une œuvre de jeunesse, mais d’une très grande beauté de Serge Rachmaninov dont l’écriture quasi symphonique est à la fois spectaculaire et profondément émouvante dans les œuvres à quatre mains ou à deux pianos (Suite pour deux pianos Op.5 « Fantaisie-Tableaux »)… l’occasion pour moi de rappeler le credo du grand compositeur russe qui résume à merveille les dernières pièces du récital de Nadia Jradia et Émilie Chenoy :

« Qu’est-ce que la musique ? Comment la définir ? La musique est une calme nuit au clair de lune, un bruissement de feuillage en été. La musique est un lointain carillon au crépuscule ! La musique vient droit du cœur et ne parle qu’au cœur ; elle est Amour ! La sœur de la musique est la poésie, et sa mère est… le chagrin ! » Serge Rachmaninov, 1932

Merci mesdames pour cette soirée inoubliable et, vous le savez, notre scène vous est ouverte… revenez vite !