Fierté liégeoise!

On ne le dit pas assez! Les liégeois peuvent être fiers de l’être. Et si certaines grises mines font la fine bouche à propos de la Cité ardente, il est grand temps qu’ils découvrent notre orchestre. Ce dernier fête, cette saison, ses cinquante ans. Il faudrait vraiment vivre sur une autre planète pour que la nouvelle ait échappé aux belges tant la presse télévisée, radiophonique et écrite ont couvert ce qui est un véritable événement positif et dynamique dans le marasme social, économique et politique actuel.

 

Un demi-siècle d’aventures musicales, de découvertes, d’émotions de toutes sortes, cela doit se fêter dignement. … Et le point culminant, émotionnel en tous cas, s’est déroulé avec les trois magnifiques concerts de Liège les 7 et 9 décembre et de Bruxelles le 8 décembre. J’ai eu la chance de pouvoir écouter les deux séances liégeoises, j’en suis toujours ébloui… et ému… petit récit…

 

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La Salle philharmonique avait été illuminée dans les tons de rouge, ce que la photo ci-dessus ne montre qu’approximativement, et le tapis, rouge lui aussi, avait été sorti pour l’occasion. Il faut dire que les invités du mardi étaient prestigieux. La Princesse Astrid, la Ministre de la culture, Fadila Laanan, les autorités de la Ville de Liège et de la Province, désireux de rendre hommage aux services rendus à la collectivité par l’Orchestre philharmonique de Liège, désormais gratifié du label « Royal« . Ce n’est pas rien puisque cette dénomination n’est accordée, comme un privilège, qu’aux organismes, associations ou institutions qui, pendant cinquante ans, ont montré toute leur utilité publique. il faudra donc nous habituer à cette nouvelle dénomination.

 

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Il faut dire que Jean-Pierre Rousseau et toute son équipe ont frappé fort en parvenant à réunir en un seul concert non seulement les trois derniers directeurs musicaux, Pierre Bartholomée (1977-1999), Louis Langrée (2001-2006) et Pascal Rophé (2006-2009), nous ferons l’impasse sur le dernier en date qui n’est resté que quelques semaines, mais également trois oeuvres emblématiques du répertoire de l’orchestre. L’un des points d’honneur de l’OPL a toujours été la création musicale.

 

La musique contemporaine s’est imposée avec Pierre Bartholomée, lui-même compositeur. Depuis, l’orchestre a commandé de nombreuses oeuvres à des compositeurs belges et créé ou interprété un vaste répertoire d’oeuvres modernes. dont une liste, même sommaire, n’est pas envisageable dans le cadre de ce blog. Cette activité, renforcée encore par Pascal Rophé, un grand spécialiste de la littérature musicale contemporaine, a amené l’orchestre à participer à des Festivals de musique contemporaine en Belgique et à l’étranger. C’est dans cet état d’esprit que l’orchestre a commandé à Pierre Bartholomée une symphonie qui fut interprétée sous sa direction en entrée des concerts de ces derniers jours, ramenant de facto sur l’estrade de la Salle philharmonique celui qui, à lui seul, a occupé le poste de directeur musical plus de deux décennies durant. Voir Pierre Bartholomée monter en scène et saluer comme il le faisait jadis m’a rappelé l’époque où j’allais au concert avec mon grand-père, certes pas toutes les semaines, nous n’étions pas abonnés. Mais pour moi comme pour lui, c’était une véritable fête à chaque fois. Les souvenirs de l’amphi, l’émerveillement de voir un orchestre sonner en direct, tout cela (et bien d’autres choses) m’ont conduit à faire de la musique une raison d’être. Pierre Bartholomée n’y est donc pas pour rien et je ne l’en remercierai jamais assez.

 

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L’interprétation de la musique française a toujours été l’une des forces de l’orchestre. Les affinités de Louis Langrée avec Maurice Ravel n’est plus à démontrer. Son interprétation de la deuxième suite de Daphnis et Chloé est superbe de clarté, de couleurs et d’émotions. J’ai toujours pensé que la musique de Ravel avait en commun avec celle de Mozart une clarté du propos et des textures, un sens de la phrase. Pas surprenant que Louis Langrée soit un mozartien reconnu dans le monde entier. Mais Ravel, c’est aussi un orchestre chatoyant où les sonorités sont d’une variété inouïe et cela, Langrée sait les doser, les équilibrer, les colorier pour transcender cette musique en nous faisant partager un instant d’éternité. Formidable Lever du jour au climat intemporel, tout en nuances et en finesse. Là, on se dit que cet orchestre est vraiment d’un très haut niveau.

 

Thierry Escaich, l’un des meilleurs organistes et compositeurs actuels, complice de longue date de l’OPL et ami de Pascal Rophé, était également de la partie. Après la pause, il a fait résonner le grand orgue Pierre Schyven (1889) de la salle  (Liège est la seule ville de Belgique a posséder un grand orgue de salle en parfait état depuis sa récente restauration) d’une de ses improvisations les plus fantasques, courronnant son voyage musical et citant et en développant l’une des chansons d’anniversaire les plus célèbres (Happy Birthday to you) et des séquences tirées de la Symphonie de César Franck.

 

Enfin, Pasal Rophé, dans un Sacre du Printemps très enlevé couronnait la soirée en mettant en évidence à la fois la qualité technique de l’orchestre, son pouvoir émotionnel très fort et sa capacité à aborder le tout grand répertoire. L’oeuvre, datée de 1913 figure, encore aujourd’hui, au rang des oeuvres les plus difficiles. la sauvagerie païenne que Pascal Rophé a réussi à transmettre à la phalange liégeoise mettait en évidence la modernité de l’oeuvre presque centenaire. Le public ne s’y est pas trompé. En acclamant longtemps ses trois chefs dans une standing ovation très rare à Liège, il montre son attachement à l’orchestre qui, avouons-le, porte haut et fort le prestige culturel et musical de Liège.

 

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Et une fois le concert terminé, les trois chefs sont venus rencontrer le public et dédicacer le fameux coffret anniversaire dont je vous ai parlé il y a peu (voir http://jmomusique.skynetblogs.be/archive/2010/11/25/50-50-50.html ). Ambiance détendue au Stand Fnac et bonne humeur assurée par la sympathie de ces trois personnages qui, s’ils ne sont aucun liégeois de fait, le sont manifestement de coeur; et cela, le public le ressent aussi.

 

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Si vous avez raté les concert ou leur retransmission télévisée, vous pourrez, encore une fois le voir sur la troisième chaîne de la RTBF dimanche 12 décembre à 21H. A ne pas rater!

 

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Alors, dans ces conditions, ne boudons pas notre plaisir, soyons heureux et fiers d’avoir dans notre cité ardente de quoi faire briller la Belgique et la Wallonie au-delà de nos frontières. Moi, en tous cas, cela me plait énormément. Le dernier mot revient à Michèle Babey, premier alto désormais retraitée de l’orchestre, qui déclarait, lors d’une interview que « l’Orchestre philharmonique de Liège n’est sans doute pas le meilleur du monde, mais il est le plus sympathique! » … Longue vie donc à l’OPL et bon anniversaire…