Le Chant des oiseaux

L’homme face à la nature… en voilà un sujet qui ne se démode pas! Non, je n’ai pas envie de vous parler aujourd’hui de l’impact de la société humaine sur la nature! Ce billet par td’une constatation faite maintes fois et qui ne cesse de réapparaître à travers l’art de toutes les époques: l’homme a toujours cherché à se situer au sein de l’Univers. Et la Nature, avec ses cycles continus, avec ses bienfaits et ses cataclysmes n’a jamais cessé de bouleverser l’homme. Un homme qui, par ailleurs, se sentant tour à tour menacé et protégé par cette Mère nature, n’a pas hésiter à en faire une divinité toute puissante.

Qui n’a jamais été émerveillé par le chant des oiseaux, par la diversité des sons et des formes et des couleurs que nous offrent une simple perception du monde? De là à prendre comme modèle de toute forme artistique l’imitation de la nature, il n’y a qu’un pas que l’homme a de tous temps franchi. Que ce soit une simple imitation, la mimesis des anciens, une stylisation due à une perception individuelle idéale ou encore une interprétation philosophique, la nature est l’objet des rêveries de l’homme. Rien que dans le domaine de l’imitation des oiseaux, il y aurait matière à faire une véritable histoire de la musique. Entre Clément Janequin et Olivier Messiaen, les oiseaux, sous une forme ou une autre sont apparus entre autres chez Vivaldi, Bach, Haendel, haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Mahler, …

Clément Janequin (vers 1485-1558) est l’un des plus grands musiciens français de la Renaissance. Il développe un usage descriptif de la polyphonie en faisant entendre le chant des oiseaux, le vacarme des combats (la Bataille de Marignan) ou les cris de Paris. Il utilise de nombreuses onomatopées et s’inspire par les grands poètes de son temps, comme Marot ou Ronsard.

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Clément Janequin

Ce « Chant des oiseaux » est une chanson à refrain que l’on pourrait peut-être apparenter au virelai. Ce dernier consiste en un poème à forme fixe, avec un nombre variable de strophes à deux rimes. L’un de ses vers sert de refrain et réapparaît à la fin de chaque strophe ou parfois selon une ordonnance plus complexe. Les mètres d’un virelai peuvent être identiques ou variés. Les premiers virelais datent de la fin du XIIIe siècle et le genre fut surtout populaire au XIVe et au XVe siècle. Parmi les auteurs de virelais, l’un des plus importants est Guillaume de Machaut (vers 1300 – 1377), qui en écrivit une petite quarantaine sous le nom de « chansons balladées ».

Le Chant des oiseaux est une pièce polyphonique pour quatre voix mixtes se déroulant selon le schéma habituel des chansons. Elle est composée d’un refrain et de quatre couplets différenciés. Chacun de ces couplets commence par une partie discursive (c’est à dire une partie qui supporte du texte) puis le langage se transforme petit à petit (dans chaque strophe). Il s’agit ensuite d’une polyphonie d’onomatopées qui imite le chant de certains oiseaux.  Le premier couplet est consacré aux oiseaux en général, le deuxième au petit sansonnet de Paris, le troisième au rossignol et le quatrième, enfin, au coucou. Le compositeur rivalise ici d’astuces sonores et de procédés divers,  des onomatopées et des rythmes d’une incroyable variété, pour imiter la diversité du chant des oiseaux.


Cette chanson s’apparente aussi à la vieille tradition française des chansons de mai comme celle composée par ce même Janequin: « Ce moys de may ma verte cotte ».

 

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4 commentaires sur “Le Chant des oiseaux

  1. Bonjour,
    A l’inverse, je travaille souvent la fenêtre ouverte en écoutant Mozart et j’ai constaté que certains airs font chanter les oiseaux plus fort (par ex certaines arias de Cosi, c’est flagrant, leur chant augmente à fond et puis l’air suivant leur plaît moins et ils se calment !).
    Mozart calmait mes enfants quand ils étaient petits, mais ça ne marche plus ;o((

  2. Une véritable prouesse, en effet, d’apprendre une polyphonie d’une telle complexité et des onomatopées et rythmes complexes sans lire la musique…! Je serais curieux d’entendre cette version des Colibris.

  3. Les Colibris, choeur de garçons auquel j’ai longtemps appartenu, dans le passé, en a enregistré une version sans doute un peu appliquée, mais réussie, je trouve, et empreinte de fraîcheur. Un énorme travail avec des gamins de 9 à 12 ans qui apprenaient leur partie de soprano ou d’alto d’oreille et de mémoire …

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