Éclats de voix… (1)

En cette période de Concours Reine Élisabeth, il n’est pas inutile de revenir sur les tessitures des voix humaines employées dans la musique. De trop nombreuses idées fausses circulent sur la qualité et le classement des voix. S’il est impossible de satisfaire tous les amateurs dans des catégories qui s’étendent à l’infini, il faut d’emblée signaler que certaines voix s’inscrivent dans plusieurs catégories. Ce qui suit ne peut donc servir que d’indication pour une orientation plus aisée dans ce domaine si particulier et si unique de la voix humaine. Deux billets, donc, le premier est consacré aux voix de femmes.

 

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La Chanteuse au gant Edgar Degas (1878)

 

Si le fonctionnement de la voix représente une des merveilles de la nature humaine, il ne faut pas perdre de vue que chaque personne, et a fortiori, les chanteurs, possèdent des caractéristiques propres. Ainsi, pour classer les voix de manière purement théorique, les musiciens, les professeurs et les médecins ont cherché à établir quelques domaines permettant de situer une voix par rapport aux autres.

Chacun d’entre nous dispose d’un certain nombre de notes chantées qu’il peut émettre avec plus ou moins de facilité. C’est ce qu’on nomme l’étendue de la voix. Elle définit les notes extrêmes de la voix dans le grave et dans l’aigu. C’est ici qu’intervient le mot « tessiture » qui s’applique d’ailleurs aussi bien aux instruments de musique qu’à la voix humaine. Mais le terme, s’il s’applique à l’étendue de la voix, peut aussi désigner l’étendue moyenne dans laquelle est écrite une composition ou un rôle d’opéra (soprano, mezzo, ténor,…).

La puissance est le deuxième élément. Elle définit le maximum d’intensité en décibels qu’atteint la voix dans ses extrêmes. On distingue alors les voix puissantes d’opéra qui peuvent allègrement dépasser les 120 dB (décibels), les voix moyennes d’opéra qui oscillent généralement entre 110 et 120 dB, les voix d’opéra comique, moins puissantes entre 100 et 110 dB, la voix d’opérette qui flâne entre 90 et 100 dB et la voix de salon, qui ne peut pas passer par-dessus un orchestre et s’accompagne le plus souvent d’un piano, entre 80 et 90 dB. Quand on sait qu’une voix ordinaire non travaillée oscille presque toujours en dessous de 80 dB, on ne peut que constater l’aspect impressionnant de telles capacités vocales. Elles se développent évidemment avec le travail de la voix.

Mais le timbre est aussi essentiel puisqu’il est en relation directe avec la technique vocale. Il est l’expression du nombre et de l’intensité des sons harmoniques (les multiples de la fréquence de base du son). Ce sont eux qui donnent le timbre et différencie chaque chanteur pour lui donner une voix unique.

Il faut encore dire un mot du vibrato. Souvent décrié ou adulé, le vibrato est une pulsation dans la note qui se caractérise par une fluctuation d’intensité, de timbre et de hauteur. Il ressemble à un tremblement rapide. Ce qui différencie le vibrato des chanteurs au chevrotement des voix non travaillées, c’est la vitesse très rapide des fluctuations. Ce taux est gérable par les chanteurs et est modifié en fonction de l’expression à donner à la musique. Par exemple, la vitesse du vibrato augmente dans des passages particulièrement dramatiques et peut se ralentir dans des morceaux plus légers. Il dépend, tout comme chez les instrumentistes à cordes, du tempo de la musique à jouer et doit toujours être en phase avec les vitesses d’exécution des notes. Il donne à la voix sa qualité émouvante.

Ces caractéristiques (et bien d’autres encore) permettent de donner une idée plus précise du type de voix en présence, mais la personnalité du chanteur, l’ampleur de son rôle, ses qualités d’acteur, son style, son goût, son expression dépassent de loin tout classement théorique.

Si nous devons néanmoins classer les voix en partant du général et en nous orientant vers le particulier, nous distinguerons d’abord les voix de femmes des voix d’hommes. Chacune sont classées de la plus aigue à la plus grave. Chez les femmes, la voix la plus élevée est nommée soprano, de l’italien Sopra, au dessus.

Mais même dans ces voix, des variantes existent. On parle de soprano léger ou de colorature (faisant référence aux ornements du bel canto). Le terme soprano colorature n’est pas une tessiture en soi, comme on le croit trop souvent. C’est une soprano qui possède une agilité dans les ornements du belcanto. Le terme colorature s’applique à toutes les tessitures soumises à ces ornements. C’est une voix très étendue, très apte aux virtuosités dans l’aigu. Ses vocalises et ses suraigus font merveille. On pense immédiatement à la Reine de la nuit dans la Flûte enchantée de Mozart ou aux grands rôles de l’opéra romantique italien comme celui de Lucia dans Lucia di Lammermoor de Donizetti.

 

 

 

 

Vient ensuite, avec un peu moins d’aisance dans l’aigu, la soprano lyrique dont l’étendue est asses comparable à la précédente. Elle est cependant plus puissante et plus expressive. On en trouve de beaux exemples en la personne d’Elsa dans Lohengrin de Wagner ou la très célèbre Marguerite du Faust de Gounod.

 

 

 

La soprano dramatique a une voix encore plus sonore, mais plus sombre. Elle descend avec aisance dans le grave de la tessiture et permet d’intenses personnages comme Isolde chez Wagner, Floria dans Tosca de Puccini. C’est une voix particulièrement attachante.

 

 

Viennent ensuite les voix de femmes médianes. Les mezzo-sopranos (demi-sopranos en italien) sont des voix intermédiaires. On distingue la mezzo légère qui est une voix assez proche de la soprano dramatique. Elles illustrent souvent des rôles de soubrettes comme Despina dans Cosi de Mozart ou des rôles travestis en incarnant des personnages masculins comme Siebel dans Faust.

 

 

La mezzo-soprano lyrique possède un timbre chaud et envoûtant. Il est souvent utilisé, grâce à ses possibilités dans le grave, pour remplacer les vois rares de contralto. Octavian, dans le Chevalier à la Rose de Strauss en est un exemple fameux.

 

 

La contralto est la voix la plus grave chez les femmes. Sa sonorité ample et chaude, s’étend en voix de poitrine (sons émis par la résonance au niveau de la poitrine) est très impressionnant. Il est également assez rare. Erda dans l’Or du Rhin de Wagner, Mrs Quickly dans le Falstaff de Verdi ou l’Adieu de Chant de la Terre de Mahler en sont d’excellentes illustrations.

 

 

Ces tessitures sont commodes pour retenir les différents registres des voix, mais qu’on ne s’y trompe pas, elles ne sont pas toujours aussi facile à définir. De nombreuses nuances individuelles font bien souvent jaser les amateurs d’opéra qui se « disputent » pour chercher à définir la voix de tel ou tel chanteur. C’est la raison pour laquelle j’insiste sur le côté purement documentaire de ce classement qui ne saurait révéler entièrement cet outil extraordinaire et tellement personnel de la voix humaine.

Je terminerai ce tour d’horizon  avec les voix d’hommes dès demain…

À suivre…

Un avis sur “Éclats de voix… (1)

  1. Bonjour, votre blog est tres intéressant !
    En réalité, le rôle de la Reine de la Nuit doit être chanté par un soprano aigu dramatique colorature, ce n´est que parce que les vraies voix dramatiques sont rares que, faute de mieux, ce personnage est souvent chanté par des sopranos de type aigu léger, ce qui décribilise souvent le personnage .
    L´on confond souvent aigu, léger et colorature : or, ces trois termes n´ont aucun rapport les uns avec les autres : une voix aigue est une voix qui est le plus á
    l´aise dans la partie la plus haute de sa tessiture, une voix légere est une voix de couleur claire et de faible volume, une voix colorature est une voix particulierement apte á gérer les agilités .
    Lucia de Lammermoor doit être également chantée par un soprano colorature dramatique mais d´une tessiture nettement plus basse, plus centrale que la Reine de la Nuit de Mozart mais sûrement pas, lá non plus, par un soprano léger.
    Quant á la voix de contralto, il est vrai que son emploi est rare mais la voix elle-même non car il n´y aurait aucune raison á ce que la Nature ait  » décidé »
    qu´il y ait plus de sopranos que d´altos, par exemple .
    Il est assez courant que des contraltos de type aigu ( mezzo-contraltos), pour peu qu´elles aient un grave court soient  » étiquetées » comme mezzos et qu´elles ne sachent jamais qu´elles sont en fait contraltos .
    A l´inverse, certaines mezzos, parce qu´elles ont un grave facile, sont  » catalogués » comme contraltos alors qu´elles n´en ont ni le timbre ni la tessiture d´emploi : je pense en particulier á Marie-Nicole Lemieux qui est en réalité un mezzo tres central,  » flirtant » avec le mezzo aigu et dont la résonnance vocale est tres proche de Cecilia Bartoli . Lemieux a chanté des rôles dévolus á la voix de mezzo ( Isabella de l´Italienne á Alger, par exemple), ce sont des rôles centrés haut et comprenant des aigus que ne pourrait pas assurer de vraies altos comme Kathleen Ferrier ou Nathalie Stutzmann .
    Comme vous dites, certaines voix sont difficiles á définir que ce soit au niveau du timbre ou au niveau de l´ambitus, lá je suis tout á fait d´accord .

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