Un jour… Un chef-d’oeuvre! (86)

« En Belgique, quand le ciel est bas, on se met une pomme sur la tête pour voir les choses autrement.»

Jacques Brel (1929-1978).

86. Theo van Rysselberghe (Femme au Violon, portrait de Renée Druet au Violon

Theo van Rysselberghe (1862-1926), Femme au Violon, portrait de Renée Druet au Violon (1910).

Eugène Ysaye (1858-1931), Sonate pour violon solo n°2 op.27 « Obsession » (1923), I.  Prelude (avec citation du prélude BWV 1006 de J.S. Bach) II. Malinconia III. Danse des Ombres, Sarabande IV. Les furies , interprétée par Ekaterina Valiulina.

« Qu’est-ce qu’une nation? » se demandait Ernest Renan au lendemain de la guirre de 1870-1871. L’auteur répondait qu’une nation n’était pas constituée par l’unité de langue, de race ou de religion, ou tout au moins qu’elle n’était pas faite de cela seulement. Sans doute, en parlant de la sorte, songeait-il à l’Alsace et la Lorraine, les deux provinces que son pays venaient de perdre. Et il aurait pu rappeler que certains citoyens français d’aujourd’hui parlent  basque ou breton et que nombre d’hommes, dans la marine de Louis XIV, commandés par Jean Bart, n’entendaient que le flamand, qui est presque aussi populaire aujourd’hui encore au pays de Dunkerke, Cassel et Hazebrouck que dans la Belgique septentrionale.

Renan écrit:

« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent ce principe spirituel. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu d’indivis.

… Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple.

Avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques; voilà ce que l’on comprend malgré la diversité de race et de langue. Avoir souffert ensemble: oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes.« 

Les conditions que réclamait Renan sont remplies en Belgique.Le martyre de Louvain et Aerschot, villes flamandes, a eu un pendant en 1914 à Dinant et Andenne, villes wallonnes. Wallons et Flamands ont souffert ensemble dans les camps de déportation et ensemble lutté sur les rives boueuses de l’Yser.

Mais la guerre n’est même point nécessaire. Aucune guerre, d’ailleurs n’a jamais servi à quoi que ce soit de bon. Entre la Flandre, pays d’agriculture et de ports maritimes, terre de paysans et de tisserands, et la Wallonie avec ses mines, ses carrières, ses grandes forets, ses batteurs de fer et ses verriers, existent les liens économiques les plus précieux. Anvers, qui est l’un des plus grands ports du monde, est l’exutoire des vallées industrielles de la Meuse et de la Sambre comme de la plaine flamande. Les provinces belges sont, comme les peintres post-impressionnistes disaient des couleurs, des complémentaires. »

86b. Theo van Rysselsberghe, La Promenade (1901)

Theo van Rysselsberghe, La Promenade (1901)

Louis Piérard, Wallons et Flamands, extrait d’une conférence donnée en août 1928 aux États-Unis et repris dans l’ouvrage Belgian Problems since the war, publié aux Éditions de l’Université de Yale, cité dans Patrick Corillon, Le Voyage en Belgique, Paris, Éditions Robert Laffont, Coll. Bouquins, 2019, pp. 135-136.

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