Voyages d’été 2019… Bouquet final !

La dernière journée d’un festival est toujours chargée de beaucoup d’émotion. On profite encore de la musique et de la convivialité avant que chacun ne reprenne la route de sa vie… C’est d’autant plus vrai qu’à l’U3A, les rencontres musicales devront attendre la reprise des cours dans deux mois et les concerts un mois plus tard encore. Mais je voulais garder de formidables surprises pour le dimanche qui allait se dérouler en deux étapes musicales de tout premier plan.

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Pour commencer, avec la complicité bienveillante de la pianiste Mana Yuasa, j’avais invité deux chanteurs d’exception pour un récital d’airs d’opéras et de lieder. C’est ainsi que la soprano ukrainienne Ella Petnichenko, tout fraîchement et brillamment diplômée du Conservatoire royal de Liège, nous proposait quelques airs de haute voltige vocale. Un air d’Isabelle tiré de Robert le Diable de Giacomo Meyerbeer ouvrait le récital. D’emblée, Ella saisit l’auditoire avec sa voix d’une rare puissance, d’une souplesse à toute épreuve et d’une intensité émotionnelle subtile. L’air est très difficile et multiplie colorature, gammes et suraigus inimaginables. Le public est subjugué… c’est vraiment très impressionnant ! Ça commence vraiment bien !

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Je me fais le Monsieur Loyal de la séance en plaçant le contexte des œuvres interprétées et, déjà, Christophe Bornet, magnifique baryton-basse luxembourgeois, entre en scène et, avec une douceur extrême et un formidable sens du phrasé, nous propose les quatre premiers lieders du célèbre Dichterliebe de Robert Schumann, compositeur très prisé par nos interprètes, cette année. Subtilité, phrasé romantique, diction allemande impeccable, timbre chaud et dense, Christophe laisse percevoir sa profonde compréhension d’un cycle qu’il maîtrise d’ailleurs dans son intégralité et qu’on serait curieux d’écouter entier un jour !

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Ella Petnichenko nous revient avec l’un de plus bouleversants airs de l’opéra italien… vous avez deviné ? Giacomo Puccini, La Bohème, le grand air de Mimi au premier acte, Mi chiamano Mimì ! Notre cantatrice explore toutes les nuances de la simplicité du personnage avant que la grande courbe de lumière ne l’emporte vers la sublime « grande note », celle qui arrache les larmes, tellement typique du maître de Lucques. Je place quelques mots pour laisser notre cantatrice récupérer un peu et Ella entame l’une des plus célèbres cavatines du belcanto, l’air de Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti, Regnava nel silenzio. Sublime de conduite vocale, la cavatine bouleversante laisse bientôt place à la haute voltige de la cabalette, morceau de véritable bravoure qu’Ella Petnichenko survole avec une aisance déconcertante.

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Très belle, incarnant les personnages qu’elle aime avec conviction, profondément attachante, dotée d’une extraordinaire technique et d’un sens inné du phrasé, Ella Petnichenko est, comme le dit couramment Mana Yuasa qui travaille beaucoup avec elle, un cadeau du ciel ! C’est vrai ! Il y a fort à parier qu’on entende bientôt parler d’elle aux plus hauts niveaux… si un directeur d’opéra, car c’est vraiment là sa voie, veut bien lui offrir la chance d’un grand rôle… à bon entendeur…

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Christophe Bornet entame seul la dernière partie de récital avec un air de bravoure russe, le grand air du premier acte d’Eugène Oneguine de P.I. Tchaïkovski, où le rôle titre refuse avec vigueur et une certaine cruauté l’amour de Tatiana. Cette fois, le langage n’est plus celui du lied, mais du grand tragique russe. Les basses de Christophe sont très impressionnantes et sa puissance vocale exceptionnelle. Il franchit sans peine toutes les périlleuses difficultés de l’air.

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Ella Petnichenko le rejoint pour le gigantesque et tragique final de l’opéra. Extraordinaire duo d’amours impossibles, leur chant ultime comme leur jeu sont poignants et bouleversent littéralement l’auditoire qui les acclame longtemps.

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Je veux tirer un coup de chapeau énorme à Mana Yuasa qui, en femme orchestre, porte le chant de ses poulains… que dis-je, de ses enfants car la gentillesse et la bienveillance de Mana va bien au-delà de la musique, c’est là aussi la force des accompagnateurs que d’êtres des partenaires et des confidents, des conseillers comme des soutiens. Mais c’est bien la vraie musique qui génère cette formidable humanité.

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Bon vent à Ella qui retourne en Ukraine avant, nous l’espérons tous, de revenir bientôt encore nous gratifier de son art. Bonne route aussi à Christophe qui, je crois, ne tardera pas à revenir sur notre scène. Tous les trois, vous y êtes chez vous !

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Après les grandes émotions du chant, place au récital de clôture. Je l’avais voulu pianistique car, c’est tout de même le piano qui est à l’origine de notre festival. Il occupe une place de premier choix, vous l’avez constaté.

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Nous avions l’immense joie et honneur d’accueillir Valère Burnon, à peine âge de 21 ans et l’un des pianistes les plus talentueux de sa génération. De semaine en semaine, Valère remporte des concours internationaux, se produit partout en Europe, voyage pour perfectionner son art… bref, c’est un surdoué doublé d’un passionné et surtout d’un grand travailleur.

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Il proposait, devant une salle comble, un grand récital vraiment exceptionnel où toutes les facettes du piano étaient exploitées. L’immense Sonate op.109 de L. van Beethoven est sans doute l’une des plus belles et des plus subtiles. Valère Burnon joue cela comme s’il l’avait toujours sue… dans ses notes, dans sa technique et dans son esprit. Son interprétation est habitée et jamais excessive. Pas de virtuosité pour le plaisir, mais toujours le juste sens de la phrase et de l’harmonie. Exceptionnel !

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Changement radical de technique et d’esprit, La Tempête, sixième étude d’exécution transcendante de Sergei Lyapounov décoiffe jusqu’aux plus… chauves ! Démonstration de la transcendance en musique… au dessus des limites d’un corps normal, le souffle du vent, les vagues, pluies et grondements du tonnerre s’abattent sur la salle qui n’en revient pas de tant d’aisance dans un répertoire si agité, si difficile !

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Suit la merveilleuse Sonate-Fantaise de A. Scriabine, sublime, elle aussi, puis une véritable découverte avec les Cinq Préludes op.32 de Sergei Protopopov (1893-1954), une musique rare et pourtant pleine d’indicibles beautés proches de l’impressionnisme russe… une superbe musique à découvrir qui mériterait plus de visibilité. Hélas, elle n’est pratiquement jamais jouée. L’Isle Joyeuse de Claude Debussy avec toute sa virtuosité et ses miroitements sonores referme le récital !

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Le public est une fois encore abasourdi par tant de talent et acclame littéralement notre jeune pianiste qui offre la sublime Troisième Consolation de Franz Liszt… quelle finesse, quelle profondeur et quelle maturité musicale hors du commun !

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Ce seront les dernières notes du Festival Voyages d’été 2019 qui s’achève par une musique qui frôle le silence et qui, remplie de mélancolie consolatrice, est parfaitement adaptée à ce que ressent, au moment que quitter une dernière fois la salle 11 où tant de notes viennent de résonner durant cinq jours, le public qui se console en évoquant concerts et festivals à venir… Merci à Valère Burnon et à tous nos musiciens, pour ces moments inoubliables !

Il reste encore à narrer le joyeux épilogue, mais de cela, je vous entretiendrai demain…