Du beau son?… C’est du Basson!

La dernière séance de la saison des concerts du mercredi à l’U3A approche à grands pas ! Et même si l’année 2018-19 de Musique à l’U3A est loin de s’achever, il restera encore un concert des étudiants pianistes du Conservatoire de Liège et, surtout, notre grand festival Voyages d’été (je vous reparlerai en détail dans quelques jours) je voulais clôturer nos rendez-vous par un moment musical original et particulièrement séduisant, un récital de basson et piano. Laurence Criquillion et Paul Lauwers ont accepté avec joie de nous régaler de leur talent et des superbes sonorités d’un instrument assez rare en récital et qui pourtant mérite le déplacement.

Affiche 15052019 Criquillion Lauwers

Dans l’imaginaire collectif, le basson s’associe naturellement à Grand-père dans le merveilleux conte de S. Prokofiev, Pierre et le Loup. De là à en faire un instrument un peu balourd, il n’y a qu’un pas qu’on franchit trop souvent allègrement. Le basson est bien autre chose ! Un instrument aux mille facettes capable des tendresses les plus grandes comme des sarcasmes les plus acerbes. Le basson possède une palette d’émotions lui permettant le chant sublime (souvenez-vous du début du Sacre du Printemps d’I. Stravinsky, … si, si, c’est bien aussi du basson!) et les compositeurs ont aimé lui confier une déclinaison inouïe de couleurs.

Comme tous les instruments de la famille des bois à anche double (le hautbois et le cor anglais sont de la même famille), le basson est physiquement très éprouvant et demande une maîtrise totale de l’appareil respiratoire. Son registre est celui du violoncelle et est donc capable de faire sonner des graves profonds comme des aigus stridents. En guise de condensé explicatif de l’instrument, voici quelques considérations que l’Encyclopédia Universalis développe concernant le basson :

 « … Son tube de perce conique – dont la longueur est voisine de deux mètres et demi – se divise en quatre parties : la petite branche, la culasse, la grande branche et le pavillon. Il est complété par un fin tube de métal, appelé bocal, sur lequel est montée une anche de roseau. Son étendue est de trois octaves. Deux sortes de bassons sont actuellement utilisés : le basson allemand (Fagott), le plus répandu, et le basson français, joué principalement en France, au Canada et dans certains pays d’Amérique du Sud. Le Fagott et le basson français diffèrent principalement par leurs anches et, surtout, leurs doigtés.

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Dès le XVIe siècle, on trouve sous le nom générique de bombardes des instruments graves, taillés d’une seule pièce, qui sont les ancêtres du basson. L’existence du basson est attestée au XVIIe siècle par Marin Mersenne, qui fait figurer dans son Harmonie universelle, contenant la théorie et la pratique de la musique (1636) un chapitre entier intitulé « Expliquer la figure, la grandeur, l’étendue et l’usage des Bassons, Fagots, Courteaux et Cervelats de Musique ». La dénomination fagot vient du fait que l’instrument est construit en deux parties (le grand corps et le petit corps) qui sont attachées, « fagotées » ensemble, unies en une seule pièce qui s’enfonce dans la culasse. Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, sa forme évolue, le grand corps et le petit corps deviennent distincts. La technique de la basse continue se développant fortement, on cherche à améliorer les instruments graves pouvant constituer la basse harmonique sur laquelle les instruments concertants s’appuient. On allonge donc le grand corps à un point tel qu’il se divise très vite en deux parties : la grande branche et le pavillon. Le basson comporte alors quatre clefs. 

Il ne va cesser d’évoluer, notamment au XIXe siècle, avec deux grands facteurs qui élaborent le basson moderne : Jean Nicolas Savary, dit Savary Jeune – qui réalise en 1823 un modèle à quinze clefs – et Frédéric Triébert – qui en 1845 élargit sa perce afin d’obtenir plus de sonorité dans les graves. 

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, le basson est confiné à un emploi de soutien harmonique dans le cadre de la basse continue. Mais les progrès rapides de la facture instrumentale lui confèrent un rôle nouveau et il devient un instrument très important dans le domaine de la musique concertante au siècle suivant. 

Blog Basson Henri PEYRE et Catherine AUGUSTE - Nature morte avec hautbois, luth et basson (2016)

Henri PEYRE et Catherine AUGUSTE – Nature morte avec hautbois, luth et basson (2016)

Antonio Vivaldi (1678-1741) est l’un des premiers compositeurs à l’utiliser comme instrument soliste. Depuis l’époque classique, on le retrouve dans toutes les formations orchestrales, qu’il soit mentionné ou pas. Au XXe siècle apparaissent des pièces pour basson seul qui manifestent une volonté de dépasser les possibilités traditionnelles de l’instrument. 

Georg Philipp Telemann (1681-1767), Carl Stamitz (1745-1801) composent pour cet instrument concertos et symphonies concertantes. Wolfgang Amadeus Mozart écrit notamment trois concertos pour basson – deux sont perdus mais il subsiste le magnifique Concerto en si bémol majeur, K 191 (1774) – et un Quintette pour piano, hautbois, clarinette, basson et cor, K 452 (1784). C’est Ludwig van Beethoven (1770-1827) qui, dans le domaine de la musique de chambre avec basson, apporte une des contributions les plus importantes avec les deux septuors, opus 20 (1799) et opus 71 (1796 ?), et un octuor, opus 103 (avant 1793). Dans le domaine de la musique concertante, il faut citer le Concerto pour basson de Carl Maria von Weber (1811). Les perfectionnements techniques apportés à l’instrument à la fin du XIXe siècle lui confèrent de nouvelles possibilités expressives, que vont pleinement exploiter les compositeurs du XXe siècle en proposant de nouveaux modes de jeu qui transforment et enrichissent le matériau existant. 

Le basson possède une très grande agilité, à l’exception des traits descendants et liés, qui demeurent, malgré les progrès de la facture, toujours difficiles à exécuter. En revanche, le legato ascendant ne présente aucun problème, même avec de grands intervalles. Les Flatterzunge (articulation rapide qui produit une sensation de frémissement léger), les trémolos et les trilles sont possibles sur presque toute la longueur de la tessiture. »

Edgar Degas (1834-1917), L'Orchestre de l'Opéra, vers 1870.

Edgar Degas (1834-1917), L’Orchestre de l’Opéra, vers 1870. Au premier plan, le bassoniste Désiré Dihau (1833-1909). Musée d’Orsay, Paris.

On le devine, l’instrument immortalisé par Edgar Degas avec son Bassoniste de l’Opéra, a de grandes ressources et une formidable richesse. Pour les mettre en œuvre, nous retrouverons avec joie une musicienne très talentueuse qui inaugurait, l’an dernier, l’exposition de notre festival Voyages d’été. La voici désormais sur notre scène pour une heure de musique !

Née en 1990, Laurence Criquillion entame sa formation au saxophone au Conservatoire royal de Liège où elle obtient un baccalauréat. Férue d’orchestre, la jeune belge commence le basson à l’âge de 22 ans avec son professeur Philippe UYTTEBROUCK (2e  basson et contrebasson solo de l’Orchestre philharmonie royal de Liège) et entre dans sa classe au Conservatoire royal de Liège. Elle fait plusieurs master-classes auprès de l’Ensemble Squillante (dont fait partie Simon DIRICQ) au saxophone mais aussi auprès de Joanie CARLIER (basson solo de l’OPRL), d’Alain CREMERS (basson solo de l’ORW et professeur à l’IMEP), mais également auprès d’Afonso VENTUERI (basson solo de l’orchestre de la Suisse romande et professeur à la Haute École de Genève).

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Elle fait la rencontre deux autres bassonistes, Joanie CARLIER et Audrey LUZIGNANT (toutes deux diplômées du CNSM de Lyon). Ces trois jeunes femmes au talent extraordinaire et passionnées par leur instrument, fondent un trio « Les Fagottines » et se produisent en concert à l’U3A. Laurence a également l’opportunité d’effectuer des remplacements à l’Orchestre philharmonique royal de Liège et à l’Opéra royal de Wallonie. Elle se passionne aussi pour la pédagogie. En effet, la Hennuyère a longtemps donné cours de saxophone, de formation musicale, d’éveil musical,… dirigé des ensembles et orchestres d’harmonie depuis 2010 dont l’Harmonie royale « La trinité » du Mont-Saint-Aubert pour laquelle elle est l’actuelle directrice musicale. C’est elle qui ouvre et inaugure la classe de basson à l’académie de Saint-Nicolas. Laurence termine actuellement son master didactique dans l’idée de poursuivre ses études à l’étranger et caresse l’espoir d’atteindre son rêve fou, à savoir travailler au sein d’un orchestre. Elle aimerait également se perfectionner en basson baroque dont elle adore le son si chaleureux.

Quant à Paul Lauwers, il est un extraordinaire pianiste, chambriste et accompagnateur. C’est loin d’être la première fois qu’il se produit sur notre scène. Il nous avait proposé, avec un trio formé de Pierre Héneaux au violon et d’Étienne Capelle au violoncelle, un superbe concert qui combinait les chef-d’œuvres de L. van Beethoven et A. Arenski. Il avait aussi été l’accompagnateur inspiré de la Sonate pour violoncelle de S. Rachmaninov lors d’un concert commenté avec le même Étienne Capelle.

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Paul Lauwers est né en 1955. Il a étudié le piano au conservatoire de Bruxelles où il obtient son premier prix en 1974. Entre 1977 et 1978, il est boursier au Conservatoire Tchaïkovski à Moscou dans la classe de P.V. Messner. Puis, au Conservatoire royal de Liège, il obtient son diplôme supérieur avec distinction dans la classe de M. Mercenier en 1980 et un premier prix de musique de chambre avec grande distinction dans la classe de C. Évrard en 1982. Enfin, deux ans plus tard, il reçoit le 1er prix de piano d’accompagnement dans la classe de R. Bléser.

Paul est un soliste et un partenaire très recherché. Il se produit régulièrement en concert. Professeur de piano à l’Académie de Musique de La Hulpe. Il est accompagnateur, durant 35 ans, au Conservatoire royal de Liège pour les classes de chant, de trombone, tuba, de flûte, de cor, de violon et de basson.  Il est accompagnateur aux académies de musique d’été à Libramont et à Dinant. Il participe à de nombreux spectacles avec la classe d’art dramatique du conservatoire et forme un duo de piano à quatre mains et deux pianos avec R. Birguer. Avec le Trio Éole, il donne, en concert, l’intégrale des trios avec piano de L. van Beethoven.

Un concert à ne manquer sous aucun prétexte! Je vous attends nombreux le mercredi 15 mai prochain à 18H dans la Salle 11 de l’U3A de Liège (avenue J. Prévers 27, 4020 Liège) pour un superbe moment musical… comme toujours en toute convivialité!