Un Soir à Vienne…

Dans notre salle 11 presque remplie, à l’U3A, le récital du mercredi 22 avril accueillait deux musiciens exceptionnels, Pierre Sutra au violoncelle et Émilie Chenoy au piano. Vous trouverez toutes les informations sur le programme et leurs parcours en suivant ce lien:

« AN DIE MUSIK »

Merci, une fois encore, à nos deux photographes, Jean Cadet et Armand Mafit, pour leurs fabuleux reportages.

Car leur concert s’ouvrait avec une transcription très poétique de « An die Musik » de Franz Schubert (1797-1828) pour violoncelle et piano.

« An die Musik » est d’abord un lied composé en 1817 sur un poème de Franz von Schober. Le texte célèbre la puissance réconfortante et salvatrice de la musique. À travers une mélodie simple et expressive, Franz Schubert transmet une émotion profonde empreinte d’une grande humanité car le poème évoque la musique comme une amie fidèle qui élève l’âme. Avec sa ligne vocale fluide et soutenue par un accompagnement au piano délicat.
L’ensemble crée une atmosphère intime et méditative.

Dès les premières notes, le violoncelle de Pierre Sutra chantait la ligne vocale avec une chaleur profonde et expressive. Le timbre riche de l’instrument donnait une dimension encore plus intime à cette œuvre déjà empreinte de douceur. Émilie Chenoy, quant à elle, avec finesse et subtilité, colorait et soutenait l’équilibre délicat entre le violoncelle et le piano. L’absence du texte chanté laissait place à une expression certes purement instrumentale, mais parfaitement introspective. Quelques fois, une transcription peut offrir une nouvelle lecture de l’œuvre, tout en conservant son esprit original.
Nos auditeurs, emportés par tant de poésie, a été visiblement profondément touché par cette sublime musique confirmant son message universel et intemporel de cet « An die Musik »… magnifique romance sans paroles.

Après ce bouleversant début, nos deux musiciens entamaient un morceau de résistance avec la Deuxième Sonate pour violoncelle et piano, en sol mineur Op.5 n°2 de Ludwig van Beethoven (1770-1827).

Moins connue que la Troisième, notre sonate du jour est pourtant un « passage obligé » dans l’écriture pour les deux instruments. Composée en 1796, elle témoigne déjà du caractère novateur et expressif du jeune Beethoven récemment installé à Vienne. Contrairement aux œuvres antérieures, le violoncelle y occupe un rôle égal à celui du piano dont la partie reste extraordinairement développée et virtuose.

Dès l’introduction lente, l’atmosphère est sombre et dramatique, d’une grande intensité soutenue de manière magistrale par nos deux musiciens. Le premier mouvement alterne entre tension et lyrisme, avec des contrastes marqués imprégnés du style Sturm und Drang. Quant au second mouvement, plus léger, apporte un équilibre grâce à son caractère vif et élégant. Beethoven y explore les possibilités techniques et expressives des deux instruments provoquant un dialogue entre le violoncelle et le piano presque théâtral. À ce jeux, Pierre Sutra et Émilie Chenoy prennent un plaisir non dissimulé et démontrent leur grande complicité dans un propos qui l’exige.

Notre jeune duo démontre avec excellence que cette sonate, témoin du passage vers le romantisme musical est une incontournable du répertoire.

Après le géant Beethoven, nous revenions à notre cher Schubert avec l’un des fleurons des violoncellistes, la scabreuse Sonate « Arpeggione » en la mineur D. 821.

La Sonate « Arpeggione » de Franz Schubert, composée en 1824, est une œuvre singulière dans le répertoire du premier romantisme. Elle a été écrite pour un instrument aujourd’hui pratiquement disparu, l’arpeggione, inventé peu auparavant à Vienne par le luthier viennois spécialisé en guitares, Johann Georg Stauffer (1778-1853).

L’arpeggione était donc un instrument hybride, à mi-chemin entre la guitare et le violoncelle : il possédait six cordes (accordées comme celles de la viole de gambe), des frettes, et se jouait à l’archet. Malgré ses qualités sonores, il est rapidement tombé dans l’oubli, ce qui a failli faire disparaître la sonate elle-même. En effet, les guitaristes ne maîtrisaient pas les techniques d’archet et le jeu « da gamba ». Quant aux violoncellistes et, éventuellement, les altistes, ils étaient confronté à un instrument dont le nombre de cordes, la nature frettée du manche et son accord ne correspondaient nullement aux doigtés et à la tessiture de leur instrument.

C’est cependant, la richesse musicale de l’œuvre qui a permis sa survie grâce à des transcriptions pour d’autres instruments. Aujourd’hui, elle est le plus souvent interprétée au violoncelle et au piano, où elle trouve une nouvelle profondeur expressive mais un jeu difficile, l’écriture aiguë amenant le violoncelliste à jouer très haut sur le manche, là où la justesse devient très difficile à maîtriser.

La sonate se distingue par son lyrisme, sa douceur et son élégance mélodique et de nombreux passages virtuoses permettant de mettre en évidence les diverses qualités de l’instrument. Pierre Sutra et Émilie Chenoy tissent un sublime portrait de Schubert et de toutes ses facettes expressives.

Le premier mouvement est ample et chante magnifiquement sous leurs doigts, tandis que le second apporte une atmosphère plus intime à la manière d’un Moment musical ou d’un tendre impromptu. Le dernier mouvement, quant à lui, est plus léger, évoque une danse pleine de grâce aux couleurs quelques fois « hongroises ». Superbe!

Un bis, réclamé par l’enthousiasme de la salle, achève la soirée comme elle avait débutée, un lied de Franz Schubert… mais quel lied! Ständchen, la fameuse sérénade, dans un merveilleux arrangement pour violoncelle et piano où nos héros du jours retrouvent, à l’évaporation des dernières notes, un silence d’une incroyable poésie!

Notre prochain concert de l’U3A aura lieu le mercredi 27 mai à 18H à la Salle 11 de l’U3A de Liège. Nous recevrons Dominique Swinnen et Jean Schils (piano à quatre mains) dans un récital de Musiques de film… qu’on se le dise!