Après le ravissement des cordes pincées des guitares, place aux vents et, en particulier, aux saxophones. Le Quatuor Ardent, comme son nom l’indique, est une formation issue, elle aussi, du Conservatoire royal de Liège. avec Matteo Messere (saxophone soprano), Rafael Vercellino (saxophone alto), Clara Galvano (saxophone ténor) et Henri Piette (saxophone baryton), tous des musiciens accomplis malgré leur jeunesse.
Le projet est magnifique puisque leur but est d’agrandir le répertoire du quatuor de saxophones par la transcription et, ainsi, d’aborder des oeuvres qui ne sont pas destinées à ces instruments. Faisant le constat que peu d’oeuvres originales existent pour cette formation, Matteo Messere a donc décidé de se mettre à la transcription d’oeuvres choisies. Et force est de constater que ses choix de répertoire comme son travail d’écriture est particulièrement pertinent et réussi.

On parvient ainsi à écouter des chefs-d’œuvre du catalogue du quatuor à cordes et les techniques de jeu des saxophones ne trahissent pas les sonorités, les phrasés, les coups d’archet et les effets originaux. Sans tomber dans la caricature d’une transcription servile, Matteo parvient à rendre des effets, comme les pizzicati, par exemple, de manière remarquable. Ces transcriptions ne vont pas sans une exigence technique et virtuose hors du commun et nos quatre musiciens excellent particulièrement dans cet exercice.

Voici leur programme:
Antonín Dvořák (1841-1904), Quatuor no. 12 en fa majeur, Op. 96 « Américain »
I. Allegro ma non troppo
II. Lento
III. Molto vivace
IV. Vivace ma non troppo
Guillermo Lago (né en 1960), Cities, 2. Sarajevo pour quatuor de saxophones.
Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor en fa majeur (extraits)
I. Allegro moderato
II. Assez vif

Et quelle magnifique découverte que cette pièce profondément humaniste, Sarajevo, de Guillermo Lago, compositeur jusque là inconnu de moi et à propos du quel voici quelques informations issues de son site auquel vous pouvez accéder en cliquant ici: Guillermo Lago

Guillermo Lago (1960) est le pseudonyme de compositeur du musicien Willem van Merwijk. Il est né à Bemmel, un village de l’est des Pays-Bas. À 17 ans, il décide de se consacrer à la musique et débute comme musicien, jouant du saxophone. À 25 ans, il commence à réaliser des arrangements, d’abord principalement pour des amateurs et le Quatuor de Saxophones Aurelia (son propre ensemble de musique de chambre), puis de plus en plus pour des professionnels.

À 46 ans, alors qu’il menait une carrière de musicien interprète et d’arrangeur, il découvrit ce nouveau moyen d’exprimer ses idées musicales et, peu à peu, la composition devint son activité principale. Les œuvres de Lago sont jouées dans le monde entier et figurent sur de nombreux CD et plateformes de streaming. Il reçoit des commandes d’un large éventail d’ensembles (de musique de chambre), d’orchestres, de chœurs, etc., aux Pays-Bas comme à l’étranger. Cependant, il ne compose pas uniquement sur commande ; il consacre également du temps à des compositions personnelles et, étant autodidacte, développe ses idées en toute liberté. Vous en saurez beaucoup plus en suivant le lien, mais son projet est original et mérite d’être repris ici:
« La musique nouvelle est essentielle à la survie de l’art ! Pourtant, à l’époque où j’ai commencé à composer, la musique dite « contemporaine » avait complètement perdu le contact avec un large public. Au cours de ma carrière d’interprète, j’ai constaté un déclin constant de l’intérêt pour les compositions de compositeurs encore vivants, et leurs œuvres n’étaient plus jouées que dans un cadre confidentiel (festivals de musique contemporaine, cercles universitaires). Ces « réserves » de musique contemporaine, fréquentées principalement par des compositeurs et des musiciens, sont cruciales pour la survie de l’art nouveau et offrent un espace d’expérimentation et d’innovation. Et c’est tant mieux !

Après plus de vingt ans de carrière, mon objectif était de créer une musique intelligente, novatrice et accessible à un public plus large. Une musique pratique, pas trop longue, compatible avec le répertoire existant, etc. Le tout en restant fidèle à mes idées et en composant en toute liberté. À vous, musiciens et public du monde entier, de juger si j’ai atteint cet objectif…
P.S. : Il est important de noter que les choses ont changé depuis mes débuts en composition : une nouvelle génération de jeunes compositeurs très talentueux semble consciente du dilemme mentionné ci-dessus et capable de susciter un intérêt plus large que la génération précédente.«
Sarajevo est la deuxième pièce du cycle Cities de Guillermo Lago, une série de portraits musicaux inspirés de villes qui ont marqué le compositeur. Dédiée à ses nombreux amis de la capitale bosnienne, cette œuvre évoque avec une grande émotion les blessures laissées par la guerre des Balkans. Une mélodie poignante se déploie sur des pédales et des ostinatos, créant une atmosphère de recueillement et de profonde nostalgie. Mais au-delà de la douleur, la musique exprime aussi l’espérance et la reconstruction. Lago rend ainsi hommage aux jeunes musiciens qu’il a aidés à former à Sarajevo après le conflit, rappelant que la musique peut devenir un puissant instrument de résilience, de dialogue et de paix… Superbe!
