Blues

« À l’étranger, nous prenons le jazz au sérieux. Il exerce une influence sur nos œuvres. Le « blues » de ma Sonate par exemple, est du jazz stylisé, plus français qu’américain de caractère, peut-être, mais cependant fortement influencé par votre musique dite « populaire ». Personnellement, je trouve le jazz extrêmement intéressant : les rythmes, le traitement des mélodies, les mélodies elles-mêmes. J’ai entendu certaines œuvres de Gershwin qui m’ont intrigué.


À mon sens, le blues est un de vos plus grands trésors de musique authentiquement américaine, malgré les influences contributives antérieures africaines et espagnoles. Des musiciens m’ont demandé comment j’en suis venu à écrire du blues comme  le deuxième mouvement de ma Sonate pour violon et piano, récemment terminée. […] Ces formes populaires sont seulement les matériaux de la construction et l’œuvre d’art n’apparaît que dans la conception mûrie, où aucun détail n’a été laissé au hasard.


 

En outre, la stylisation minutieuse dans la manipulation de ces matériaux est absolument essentielle. Pour comprendre encore plus pleinement ce que signifie le processus auquel je me réfère, il serait suffisant de voir ces mêmes blues traités par quelques-uns de vos propres musiciens et par des musiciens de pays européens autres que la France »

Maurice Ravel, Lettres, écrits et entretiens, Paris, Flammarion, 1989.

Un avis sur “Blues

  1. J’avais raté celui-ci, comment diable ? et le trouve grâce à un meilleur réglage de la navigation en haut de page, qui propose maintenant les titres des billets précédent et suivant et non plus les mois de même.
    Tu as habitué tes fidèles lecteurs à des analyses poussées et détaillées : je m’amuse de lire ici, sans une ligne de ta part, un billet presque cruel par le choix des extraits illustrant les propos de Ravel.
    Le premier n’est pas du blues, le second, évidemment oui (et si on en veut une preuve, il suffit d’écouter les bandes-son sans regarder les images).
    Le bon Ravel, quand il écrit : « Ces formes populaires sont seulement les matériaux de la construction et l’œuvre d’art n’apparaît que dans la conception mûrie, où aucun détail n’a été laissé au hasard. », se trompe très, très profondément. Sur d’autres blogs, je le dirais autrement… 😉 Mais je donne tout le Boléro et tout le blues écrit par Ravel pour cinq minutes de vrai blues « roots », quelqu’en soit le compositeur et les interprètes.
    Je voudrais aussi entendre le mouvement de l’extrait 1 joué par des bluesmen, en tee-shirt et en jeans, pas en pingouins, et avec une clarinette à la place du violon, et avec du swing.
    On peut rêver, non ?

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