Paraskevidékatriaphobie

Souffrez-vous de paraskevidékatriaphobie? … Mais qu’est-ce donc que cette phobie au nom plus barbare que n’importe quelle dénomination scientifique des abominables créatures qui peuplaient la terre bien longtemps avant l’apparition de l’homme ?

Et, en voici en voilà, notre phobie est la variante d’une autre, la triskaïdékaphobie, décidément de bons mots à replacer en société, … si vous parvenez à les retenir ! Cette triskaïdékaphobie n’est rien d’autre qu’un mal superstitieux, une peur irraisonnée du chiffre 13. Et de fait, le chiffre treize a souvent véhiculé l’esprit du malheur. Du coup, certaines pratiques comme les mariages, les naissances (dans la mesure du possible) ou la navigation sont évitées en Occident les 13 du mois. Dans de nombreuses villes, il n’y a pas d’habitations portant le n°13. Les grands immeubles, également, évitent de nommer le 13e étage (qui devient un 12 bis ou un 14a) et certains hôtels n’ont pas de chambre 13 pour éviter d’y loger un client superstitieux… Les pilotes de formule 1 ont peur du chiffre 13 depuis la mort de 2 pilotes portant ce numéro en 1926. Ce chiffre n’est jamais porté dans le sport automobile sauf si le pilote en fait la demande. Stephen King, qui pourtant a fait de l’horreur, du malheur et de la mort son fond de commerce, a également fait l’aveu de cette phobie qui l’empêche de lire les pages 13 des livres… Et puis, il y a la plus célèbre et fréquente crainte des hôtes qui redoutent une table avec treize convives! … Comme dans la Cène où le treizième convive est Judas Iscariote… le traitre !

 

vendredi 13,humour,superstition

La Cène de Léonard de Vinci  1495
détrempe à l’huile sur deux couches d’enduit 460 X 880 cm
Milan, couvent de Santa Maria delle Grazie, réfectoire.


Mieux encore ! Selon la mythologie nordique, le dieu des guerriers, Odin, avait un jour réuni onze amis au Valhalla, mais a oublié Loki, le dieu de la guerre et du mal. Celui-ci a décidé de s’inviter pour se venger, en s’imposant comme treizième invité au dîner. Une bataille eut alors lieu entre Balder, dieu de l’amour et de la lumière et Loki. Ce dernier tua Balder avec une flèche empoisonnée. Cette légende est à l’origine du caractère maudit du chiffre 13 dans les pays nordiques.

Pourtant, déjà chez les Grecs et les Romains le 13 avait une connotation négative car comme une bonne part de la perfection du monde repose sur le chiffre douze, ce que la civilisation occidentale développera (12 dieux olympiens, 12 travaux d’Hercule, 12 apôtres, 12 constellations, 12 signes du zodiaque, 12 heures du jour et de la nuit, 12 mois pour une année, … 12 concertos ou sonates pour un numéro d’opus chez les compositeurs baroques, …) le nombre 13 détruit l’harmonie des 12 et est donc synonyme de malheur. Le vendredi est associé aux événements malheureux. C’était également le jour des exécutions des condamnés à mort.

Alors, si les triskaïdékaphobes ont peur du treize, que dire des paraskevidékatriaphobes qui perdent tous leurs moyens lorsqu’il s’agit d’un vendredi 13 ? Car c’est bien de cette phobie là qu’il s’agit. Comme on l’observe aisément, le mot vient du grec: Παρασκευή (« vendredi»), δεκατρείς («treize») et φόβος («peur»). Les vendredis 13, les paraskevidékatriaphobes ne vont pas travailler, ne partent pas en voyage, ne font pas leurs courses, bref, ne sortent pas de chez eux. Un économiste américain a d’ailleurs relevé l’impact économique des vendredis 13 : ces jours-là connaissent en effet une baisse importante de la consommation. Et des vendredis 13, il y en a eu dans l’histoire… et des célèbres ! … À commencer par celui de la Crucifixion du Christ, dit-on. Mais celui qui a donné naissance à la superstition est celui qui correspond à l’arrestation de Jacques de Molay, grand-maitre des Templiers le vendredi 13 octobre 1307. Rappelons que, selon le calendrier julien, c’était ce jour là que Philippe le Bel a fait arrêter, torturer et brûler les membres de l’ordre du Temple.

vendredi 13,humour,superstition

Remarquons que le vendredi 13 n’est pas rare dans le calendrier. Il y en a au minimum un chaque l’année, souvent deux. Il peut même y en avoir trois par an si, et seulement si (comme disent les mathématiciens), le premier jour de l’année est un jeudi pour une année non bissextile et un dimanche pour une année bissextile. Oui, vous l’aurez compris, il y en aura bien trois en 2012 ! Tant pis pour les Paraskevidékatriaphobes ! et je vous passe les développements mathématiques qui prouvent que la fréquence des vendredis 13 est plus importante que celle des autres…

Mais qu’on ne s’y trompe pas, le vendredi 13 est autant perçu comme un jour bénéfique que comme un jour de malheur… du moins aujourd’hui. notre civilisation et notre société de consommation aimerait nous le faire croire. Loteries en tous genres, chances aux jeux… cela pourrait bien rapporter gros. Mais dans l’histoire, je ne trouve pas d’exemple historique pour montrer une éventuelle destinée favorable en ce jour dont beaucoup semblent encore se méfier. Alors, si vous êtes comme moi, convaincus du fait que le vendredi 13 est un jour comme un autre, sans connotation particulière, à nous, comme tous les autres jours, de chercher à le rendre bon!

7 commentaires sur “Paraskevidékatriaphobie

  1. J’implore le pardon des fans absolus de Chosta. Je n’aurais pas dû dire de sa 9e qu’elle était moche. Simplement, je ne l’aime pas tout comme je n’aime pas non plus sa 7e alors que j’aime bien (quand je ne les adore pas..) toutes les autres. Je ne doute pas de l’ironie qu’il a voulu mettre là-dedans ni de son message contestataire mais voilà il ne me touche pas. Ce n’est pas une censure stalinienne mais juste mon opinion maladroitement exprimée je le reconnais.

  2. Entièrement d’accord avec JPR. La Neuvième de Chostakovtich est une manière pour lui de ne pas faire ce qu’on attend officiellement de lui. Cette manière de contestation lui coûtera d’ailleurs pas mal d’humiliations de la part des officiels soviétiques. C’est dire l’impact du chiffre 9 sur l’imaginaire des symphonistes et commanditaires et des auditeurs!
    Il n’empêche que l’œuvre, même surprenante rassemble une force exceptionnelle tant au niveau de ses thèmes que de sa structure. Et puis, l’ironie, n’est-ce pas de tenir le discours inverse ou du moins différent de celui qu’on attend? C’est, finalement comme quand, Mahler joue avec le grelot du fou du roi dans les deux mouvements extrêmes de sa Quatrième symphonie… il semble dire: « tout ce que vous entendrez ici est faux! » … à bon entendeur…!

  3. Je souscris à l’observation générale sur l’importance du chiffre 9 chez nombre de compositeurs (mais n’est-ce pas Beethoven qui avec sa 9e symphonie avait fixé les limites de l’indépassable pour ses successeurs?). Mais pas du tout d’accord avec la « mocheté » de la 9e de Chostakovitch, qui est au contraire de l’extrait pur du Chosta iconoclaste, ravageur, des années de jeunesse. Au sortir de la guerre, après les monumentales et tragiques symphonies n°7 et 8, on attend du compositeur une immense ode à la gloire de l’Union Soviétique, et en 1945 Chostakovitch balance cette 9e symphonie ironique, guillerette même (avec de sublimes passages notamment au basson). Vraiment le contraire de la « mocheté »…

  4. Arnold Schönberg fut un triskaïdékaphobe célèbre : je rappelle par ailleurs
    (http://www.physinfo.org/chroniques/craft.html)
    les circonstances de la genèse de cette obsession et la raison pour laquelle son opéra Moses und Aron ne s’intitule pas Moses und Aaron (voyez-vous pourquoi ? ce n’est pas trop dur!).
    Schönberg est mort le 13 juillet 1951, je n’ai pas vérifié si c’était un vendredi.

  5. Parmi les compositeurs, beaucoup semblent souffrir de « nonaphobie ». Les symptômes sont variables. Certains, après avoir composé leur 9e symphonie, décèdent. D’autres n’arrivent pas à finir leur 9e symphonie. Plus singulier, d’autres encore ont peur de composer la 10e et pour ce faire l’appellent autrement (Lied von der Erde par exemple). Plus rare, pour se singulariser, d’autres font une 9e symphonie vraiment moche pour passer à bien mieux après (Chosta..).
    Au vu de ce descriptif de la maladie, on peut affirmer que Mozart et Haydn n’en souffraient pas. C’est moins évident à affirmer pour Brahms et plus encore pour César Franck ..;-)

  6. Très intéressant ! je connaissais la dékatriphobie, vous y ajoutez le paraskevi (avant-veille en grec, avant-veille du dimanche…), bref le vendredi 13, voilà un jour qui fait des ravages chez moi (en Provence), il faut faire la queue pour acheter son journal ou son tabac, les braves gens ne parlent que de ça et je dois cacher mon chat noir sans quoi ils me le zigouillent !
    O tempora, ô mores !
    Bien à vous !

Les commentaires sont fermés.