Éloge de la paresse!

Un peu plus d’un an ! C’est le temps qui c’est écoulé depuis les dernières élections belges, c’est le temps qu’il a fallu aux hommes politiques pour ne pas résoudre la crise qu’ils ont créée. Et cela ne risque pas de s’arranger dans les semaines qui viennent puisque la surenchère de petites phrases assassines bat son plein. Ceci dit, est-ce un anniversaire qu’il faut marquer ? D’émissions spéciales en débats animés, de commentaires pessimistes en « études » sensationnelles, j’ai retenu, ces derniers jours une manière bien inhabituelle de présenter les Wallons et les Flamands.

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Cela ne vous aura pas échappé. La très sérieuse KUL (Katholieke Universiteit Leuven) vient de réaliser une enquête démontrant, dit-elle, que contrairement aux idées reçues, ce sont les Flamands qui sont plus paresseux que les Wallons ! De quoi briser l’un des arguments de Bart De Wever ! ( http://www.rtbf.be/info/belgique/detail_le-flamand-serait-plus-paresseux-que-le-wallon?id=6266043)

 

On se demande bien à quoi s’amusent les universitaires… ! La recherche… ! N’y a-t-il rien de mieux à faire ? Et quelle est l’utilité d’une telle enquête, sinon d’encore dresser les belges les uns contre les autres. Mais attention, derrière un résultat qui fait sourire – on sait bien que le courage ou la paresse n’a rien à voir avec l’identité culturelle – il pourrait se cacher des propos tout simplement… racistes.

 

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On connaît l’humanité et le pacifisme légendaire du grand Albert Einstein. Juif allemand, il s’est retrouvé dans une situation terrible à l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale. Il a donc quitté Berlin pour s’installer aux Etats-Unis. Et là, à l’abri des attaques antisémites,  il a pu observer comment les noirs américains étaient considérés dans la soi-disant société idéale. La constatation fut amère et suscita chez le savant un approfondissement de sa réflexion sur la nature humaine. Voici un petit texte de sa main : « Cela semble un fait universel que les minorités… soient traitées par les majorités au sein desquelles elles vivent en tant que classe inférieure. L’élément tragique de cette réalité, toutefois, réside non seulement dans le préjudice automatiquement ressenti par ces minorités dans leurs relations économiques et sociales, mais également dans le fait que ceux qui se voient infliger tel traitement sont pour la plupart d’accord avec cette appréciation de préjudice en raison de l’influence suggestive de la majorité et en viennent à considérer les personnes de leur genre comme étant inférieures. Il est possible d’aborder ce second aspect du mal, plus important, par une union plus étroite et une édification éducationnelle consciente au sein de la minorité, de façon à pouvoir attendre de la sorte l’émancipation de l’âme de la minorité…» 

 

Ce qu’Einstein constatait pour les Noirs d’ Amérique ou pour les Juifs du monde entier n’est rien de moins qu’un étrange syndrome d’infériorité raciale. Quel rapport avec nous les belges qui ne peuvent être distingués sur aucun critère physique? Simplement le fait que les Wallons se sont habitués à se faire passer pour des paresseux, des fainéants et des profiteurs… et qu’ils ont fini par le croire ! Combien de Wallons ne nourrissent-ils pas un sentiment d’infériorité face au Flamand entièrement dévoué au travail ?

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Mais le citoyen flamand n’est absolument pas responsable de cela. C’est la manipulation de certains de ses dirigeants politiques qui est à pointer du doigt. En inculquant des idées comme celles-là, des rancœurs profondes s’installent. Quand on ne sait plus ni qui ni pourquoi ces idées ont été lancées, elles semblent, pour certains, être devenues évidentes, vraies! N’avons-nous pas agi, nous Wallons, de la même manière avec les immigrants italiens, marocains ou turcs… ? Ne les avons-nous pas considérés, nous aussi, comme des êtres inférieurs juste bons à faire ce que nous ne voulions pas ? Par décence, je ne citerai pas ici les qualificatifs et les noms d’oiseaux, réellement entendus, affublés jadis à tous ces êtres humains en une moquerie dont on ne mesurait pas l’ampleur raciste. À ce jeux là, les Wallons ne sont pas meilleurs que les Flamands ! Et ce que nous reprochons aujourd’hui à la Flandre, nous l’avons pratiqué en croyant que notre langue ou que notre culture dépassait celle de l’autre. Grave erreur ! Cause de rancœurs inextinguibles ! Les êtres humains se sont toujours déchirés, sans chercher à comprendre les motivations de l’autre et c’est bien là que se trouve le problème ! Heureusement, le Belge est paisible (Einstein l’avait déjà remarqué, lui qui avait passé plusieurs mois de villégiature à Le Coq sur Mer… euh pardon De Haan aan Zee) et règle ses problèmes de manière pacifique. Imaginez un peuple plus belliqueux… !

 

Tout cela pour dire que je me demande bien le but de telles enquêtes universitaires. Je me dis que de tels résultats n’ont rien de scientifiques et qu’ils n’ont qu’une seule fonction : attiser les rancœurs plutôt que de les apaiser. Car en des temps troublés comme ceux que nous vivons, où une simple agence de notation peut décider de la stabilité ou de la vulnérabilité d’un pays, où d’un jour à l’autre, on ne sait à quelle sauce nous serons mangés, il est tout à fait surréaliste, voire inconscient de se disputer de la sorte.

 

 

Mais c’est aussi en consacrant des reportages et en  sur un tel sujet que les médias opposent les belges. … On dit toujours que les citoyens ne peuvent rien contre les politiques… Je crois que les médias, et les journalistes sont des citoyens, jouent là un rôle de premier plan qui ne sert pas toujours l’utilité de l’information… Le sensationnalisme a pris beaucoup de place dans nos sociétés et, à l’inverse, l’esprit critique (surtout celui du spectateur amené à prendre position) a reculé… Résultat, on croit tout et n’importe quoi… a fortiori lorsque cela émane des institutions officielles ou universitaires jugées au-delà de tout soupçon.

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Quand comprendra-t-on que le seul moyen pour que les hommes s’entendent réside dans l’écoute de l’autre, l’acceptation de sa différence, perçue non comme une infériorité mais comme une richesse ? Ce n’est pas pour demain, car, comme le disait déjà Albert Einstein, il faut d’abord une véritable éducation des peuples, une ouverture sur l’autre… Et cela, loin d’avancer, cela recule de jour en jour…