Être et Avoir

 

Et dans la lignée de la semaine de la langue, cette poésie qui joue sur la langue et ses deux verbes auxiliaires avec beaucoup de finesse devrait vous séduire. Je ne connais pas l’auteur de ce texte, il m’a été envoyé par Monsieur Michel Delbrouck, je l’en remercie. Bonne lecture.

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,

Ma mère m’enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.

 

Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j’ai connus dès le berceau.

 

Bien qu’opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.

 

Ce qu’Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l’avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s’est fait avoir.

 

Son frère Avoir était en banque
 Et faisait un grand numéro,
 Alors qu’Être, toujours en manque
 Souffrait beaucoup dans son ego.

 

Pendant qu’Être apprenait à lire
 Et faisait ses humanités,
 De son côté sans rien lui dire
 Avoir apprenait à compter.

 

Et il amassait des fortunes
 En avoirs, en liquidités,
 Pendant qu’Être, un peu dans la lune
 S’était laissé déposséder.

  

 

Avoir était ostentatoire
 Lorsqu’il se montrait généreux,
 Être en revanche, et c’est notoire,
 Est bien souvent présomptueux.

 

Avoir voyage en classe Affaires.
 Il met tous ses titres à l’abri.
 Alors qu’Être est plus débonnaire,
 Il ne gardera rien pour lui.

 

Sa richesse est tout intérieure,
 Ce sont les choses de l’esprit.
 Le verbe Être est tout en pudeur
 Et sa noblesse est à ce prix.

 

Un jour à force de chimères
 Pour parvenir à un accord,
 Entre verbes ça peut se faire,
 Ils conjuguèrent leurs efforts.

 

Et pour ne pas perdre la face
 Au milieu des mots rassemblés,
 Ils se sont répartis les tâches
 Pour enfin se réconcilier.

 

Le verbe Avoir a besoin d’Être
 Parce qu’être, c’est exister.
 Le verbe Être a besoin d’avoirs
 Pour enrichir ses bons côtés.

 

Et de palabres interminables
 En arguties alambiquées,
 Nos deux frères inséparables
 Ont pu être et avoir été.