Gare philharmonique

 

On en a  rêvé, on en a beaucoup parlé, on s’y est préparé, on a répété, le moment est arrivé, et c’est déjà fini ! Les événements de notre vie se déroulent comme cela, à une vitesse très impressionnante. Il reste alors comme un parfum de nostalgie, des photos qui montrent qu’on y était et surtout, des souvenirs inoubliables.


 

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 Dès les premières heurs de la matinée, la régie de l’orchestre s’installe sur le quai. Un musicien prend la mesure de l’espace sonore


Ce sont ces mots qui me viennent à l’esprit aujourd’hui pour qualifier ce que la RTBF a titré dans son JT de samedi soir la « Gare philharmonique ». Et, en fin de compte, c’est bien de cela qu’il était question. Un orchestre de 85 musiciens sur le quai n°1 de notre superbe nouvelle gare, un public très nombreux et enthousiaste. Certaines sources parlent de 10 000 personnes. Mais c’était surtout une énorme fête populaire autour d’un événement désormais historique pour Liège et pour la Belgique toute entière.


 

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 La foule venue en grand nombre (Photo J-P Rousseau)


Ce qui m’a le plus touché, c’est cette communion entre un public, parfois peu habitué aux concerts classiques, et un orchestre généralement cantonné dans les salles prévues à cet effet. Loin d’être évidente, cette fusion restait l’incertitude principale de l’après midi. Le public viendra-t-il ? La formule est-elle valide dans un tel espace ? Les œuvres sont-elles assez populaires ? Ne faut-il absolument que des œuvres connues du grand public ? Comment sonnera l’orchestre dans l’environnement bruyant d’une gare en pleine activité ? Quelle attitude adopter et quels commentaires dois-je faire pour que chacun puisse en tirer profit ?


 

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 Répétition générale à 10H30


Toutes ces questions se sont résolues d’elles-mêmes. Si l’orchestre était petit dans l’immensité du quai et passablement dissimulé par une grande balustrade de verre, on sentait sa présence de partout. Les musiciens eux-mêmes avaient bien conscience, malgré la difficulté de l’exercice, de participer à quelque chose d’historique et donc d’important. La bonne humeur de chacun et le sens de la responsabilité ont contribué à la réussite musicale du défi. Le chef d’orchestre, Jean-Pierre Haeck a du jouer au « chef de gare » pour conduire ses musiciens de la meilleure manière. Il faut signaler aux auditeurs du concert placés sur l’esplanade que sur le quai, les musiciens et leur chef s’entendaient à peine jouer, ce qui, vous le comprendrez, n’est pas la meilleure des situations. Mais là encore, le professionnalisme a fait son œuvre et personne ne remettra en cause la qualité musicale de leur prestation.


 

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 J-P. Haeck dans le feu de l’action (Photo J-P. Rousseau)


Alors oui ! Vraiment oui ! La formule est valide pour un tel espace et je crois que Jean-Pierre Rousseau, le directeur de l’orchestre, a dit combien il était heureux du concert. Il promet également qu’un tel événement ne restera pas isolé. C’est d’ailleurs lui qui avait conçu ce programme attrayant mais, il est vrai assez méconnu (ceux qui veulent le consulter peuvent le retrouver en cliquant sur : http://jmomusique.skynetblogs.be/post/7300350/inauguration ). Il faut avouer que les œuvres en rapport avec le train émanent de compositeurs qui ne figurent pas nécessairement dans le top de la musique classique. Mais il a eu raison ! D’abord parce qu’il fallait que les œuvres interprétées collent avec le lieu, ensuite parce qu’un orchestre une fonction didactique et pédagogique à assurer. La découverte de l’univers ferroviaire en musique a sans doute permis d’ouvrir de nombreux horizons et à faire sortir la musique dite classique et sérieuse des carcans dans lesquels on veut parfois l’enfermer. Bravo donc !


 

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 Lors du concert (Photo M-H. Lespire)


Pour l’aspect sonore, il faut tirer un coup de chapeau aux ingénieurs du son de la RTBF qui ont amplifié le concert. Il aurait été impossible de le réaliser sans eux. On n’imagine pas le nombre de réglages que cela suppose. Un membre de l’équipe me confiait que, en ayant placé un micro par instrument, soit 85 microphones sur la scène, il y avait, au niveau de la table de mixage, plus de deux mille réglages à effectuer pour que la balance soit correcte, que le volume sonore soit adapté et que la réverbération et la distorsion du son soit maîtrisée. Si, sur le quai, nous n’avions aucun retour nous permettant de nous entendre (moi non plus, d’ailleurs), je crois que les auditeurs ont tous bien entendu. Du moins ceux qui ont eu la sagesse de rester en bas, sur l’esplanade.


 

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 Les musiciens lors du concert (Photo J-P Rousseau)


 

Enfin, il restait ma partie, le commentaire de ce concert. Placé près du chef d’orchestre, comme à la salle philharmonique, j’avais, bien entendu, préparé un commentaire pour chacune des œuvres. Pas question de musicologie appliquée, pas question de termes savants ou d’étalage d’érudition ! Il fallait un propos simple (pas simpliste j’espère !), rempli d’humour, d’anecdotes permettant de déclencher l’imaginaire des auditeurs. Et surtout, essayer de leur donner l’envie d’écouter de la musique orchestrale au-delà de l’événement. Montrer que la musique classique, c’est du plaisir, de la fête, un vrai bonheur ! Vaste programme soi, et le tout devait être assez bref. Moi qui ai l’habitude de pouvoir m’étendre à mon aise sur une idée à développer, ces séances me coûtent beaucoup  d’efforts sur moi-même. C’est tant mieux, il faut chercher à faire des choses très variées… Et je crois, en toute modestie, que mon enthousiasme et ma passion ont été communicatifs. Les commentaires d’auditeurs et de responsables reçus après le concert me l’ont assuré.


 

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 Juste avant d’entrer en action (Photo J-P Rousseau)


 

Je ne vous cache pas que ce concert restera pour moi l’un des plus beaux souvenirs professionnels. La fierté d’y avoir participé et la satisfaction d’avoir relevé le défi me remplissent de bonheur. Le bonheur est aussi à un autre niveau, moins personnel, celui-là. C’est la constatation évidente qu’un large public peut vibrer à la musique que nous défendons depuis des années de l’élitisme destructeur. La musique est à tous et il faut se battre pour cette cause. Je crois que samedi après-midi, nous avons vécu une authentique fête populaire dans le meilleur sens du terme. Pour reprendre le commentaire d’un ami de la musique sur Facebook : « Il y a beaucoup de choses à dire à propos de cette première très réussie. La plus importante est celle-ci : L’OPL est devenu, en cet instant inouï, l’orchestre des liégeois et plus simplement l’Orchestre philharmonique de Liège » (X. Parent)


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Un auditeur particulier, un balai de nettoyage oublié tout en haut de la voûte vitrée!